mercredi 25 avril 2012

Votons, bon dieu, votons

 

Alarme, citoyens !

 

 | PAR EDWY PLENEL

Après l’alerte du 21 avril 2002, voici donc l’alarme du 22 avril 2012. Loin de la réduire, l’indolence de Jacques Chirac puis la virulence de Nicolas Sarkozy ont alourdi l’hypothèque de l’extrême droite sur la vie publique française. Que la progression des idées et des voix du Front national soit à porter au débit des dix années de pouvoir sans partage de la droite à l’Elysée, au gouvernement et au Parlement, c’est l’évidence. Mais que la gauche ne saurait s’en satisfaire en est une autre. Car le défi qui l’attend est d’autant plus immense : relever la France d’une déchéance politique annoncée, en refondant une République authentiquement démocratique et sociale.

Tel est l’enjeu du second tour de cette élection présidentielle, de son résultat comme de l’exigence qu’il portera : ne plus seulement battre Nicolas Sarkozy par l’automatisme du rejet, mais l’emporter par une dynamique d’adhésion. Autrement dit lier indissolublement l’alternance nécessaire à l’exigence d’une alternative aux politiques qui, depuis trente ans, ont échoué à enrayer la dérive de la France vers l’aggravation des inégalités et des injustices, doublée des diversions réactionnaires que sont la politique de la peur (du monde et de l’étranger) et la chasse aux boucs émissaires (immigrés et musulmans).

L’espoir d’un échec du président sortant au soir du 6 mai par K.O. technique, fondé sur l’évaluation des reports de voix du premier tour, est assurément rationnel. Derrière la diversité des choix électoraux, les résultats du premier tour portent un référendum anti-Sarkozy dont témoignent aussi bien les motivations des électeurs frontistes que les calculs de l’état-major lepéniste qui rêve d’une implosion de l’UMP à son profit. Mais, politiquement, transformer cette probabilité en certitude relève de l’insouciance tant l’histoire à venir n’est jamais totalement écrite, entre aléas électoraux et volatilité des suffrages. Que n’a-t-on dit, ces dernières semaines, à propos de l’OPA de l’UMP sur les voix du FN ou de l’irrésistible percée du Front de gauche, qui fut démenti au soir du 22 avril ?

Surtout, aussi probable soit-elle, une victoire de François Hollande surviendra dans un paysage électoral dont les tendances lourdes ne sont pas favorables à la gauche, notamment socialiste, qui profite d’un rejet plutôt qu’elle ne bénéficie d’une adhésion. Jamais l’extrême droite n’a obtenu autant de voix à un scrutin national (près de 6,5 millions) et jamais elle n’a été aussi forte dans l’électorat ouvrier (autour de 30 % selon certaines enquêtes). De plus, survenue alors que la droite s’est extrémisée, reprenant ses thématiques xénophobes et islamophobes, la progression de Marine Le Pen n’a pas empêché Nicolas Sarkozy de se maintenir à un score honorable de premier tour (27,18 %), à seulement 1,45 point d’écart, soit 500 000 voix, de son concurrent socialiste (28,63 %).

François Hollande est certes en tête du premier tour, ce qui est inédit pour l’adversaire d’un président sortant – qu’il soit de gauche (Mitterrand contre de Gaulle en 1965 et contre Giscard en 1981) ou de droite (Chirac contre Mitterrand en 1988) –, mais il ne profite pas d’une mobilisation supplémentaire des électeurs face à la mutation extrémiste de l’UMP durant la campagne. De surcroît, il ne réussit pas à mobiliser les gros bataillons des classes populaires en sa faveur. Quant au score de Jean-Luc Mélenchon, succès indéniablement prometteur pour le jeune Front de gauche, il reste cependant conforme au total des voix de la gauche peu ou prou radicale aux deux présidentielles précédentes (11,11 % contre 9 % en 2007 et 13,34 % en 2002) et échoue à s’imposer d’emblée en leader national du vote ouvrier.

Ces réalités sorties des urnes annoncent peut-être d’autres surprises électorales, lors des scrutins législatifs de juin prochain. Les projections prévoient la possibilité de 345 triangulaires imposées par le FN (dont 14 quadrangulaires possibles avec le Front de gauche). Que les premières aient été, dans le passé, tactiquement favorables à la gauche ne saurait faire oublier qu’elles accentueront le basculement, déjà largement engagé, du débat politique sur les thématiques de l’extrême droite.

Quant aux secondes, leur possibilité souligne les divisions d’une gauche qui affiche sa diversité plutôt que son unité, voire ses divergences profondes plutôt que ses discussions fécondes. Pis, d'une gauche qui ne se parle ni ne se rencontre, le candidat socialiste accueillant les soutiens sans descendre de son Aventin présidentiel.

 

Ce premier tour de l’élection présidentielle résonne donc comme un avertissement pour François Hollande : une victoire à la Pyrrhus le guette s’il ne prend pas suffisamment la mesure du sursaut politique qu’appelle la crise française. La spécificité de celle-ci est sa dimension démocratique qui conditionne la crédibilité et l’efficacité des réponses à ses autres dimensions, financières, économiques et sociales. De scrutin en scrutin, un système politique épuisé ne cesse de mettre en scène le fossé qui se creuse entre le peuple et ses représentants professionnels, entre la masse des citoyens et les politiques de métier, entre le pays et ses élites. Et s’il n’est pas comblé d’urgence, la gauche le paiera au prix fort.

 

Car ce paysage est le décor favori des politiques réactionnaires qui détournent cette colère en adhésion à des aventures virulentes et autoritaires, fondées sur l’essentialisme d’une nation, de son peuple et de son chef. Or, pour s’installer à demeure, ces passions politiquement néfastes n’ont pas besoin, en France, de rupture violente avec le système institutionnel en place caractérisé par sa faible intensité démocratique. Exception française, le bonapartisme césariste qui inspire notre présidentialisme est d’une dangerosité foncière que la gauche oublie trop souvent à force de s’être résignée à le subir dans l’espoir d’en être parfois bénéficiaire.

 

« Dangereuses avant moi, elles le seront toujours après » : cette formule prêtée à François Mitterrand sur nos institutions est une mise en garde à l’adresse de ses successeurs de gauche, doublée d’un aveu d’échec ou d’impuissance. Dans le cadre constitutionnel actuel, d’une présidence qui peut s’imposer à tous les autres pouvoirs, qui les dévitalise, les décrédibilise et les démoralise, la gauche peut un temps gouverner, mais elle ne peut durablement réussir. Le présidentialisme l’éloigne de ses bases, l’entraîne sur le terrain de l’adversaire, l’érode et la corrompt. En témoigne de façon flagrante l’évolution ces trente dernières années de son personnel politique, à tous niveaux, bien éloigné dans sa composition sociale des classes populaires majoritaires.

 

L’alarme du 22 avril, dix ans après l’alerte du 21 avril, nous avertit qu’un accident électoral est toujours possible. Qu’en sera-t-il en 2017, après cinq années de présidence socialiste, de l’état des crises européennes ou mondiales qui nous accablent, tandis que la perdition d’une droite extrémisée et « pétainisée » aura peut-être fait, jusqu’au dernier barreau, la courte échelle à Marine Le Pen ? Qu’en sera-t-il alors que, depuis trente années, le débat politique français, non seulement dans son expression médiatique dominante mais aussi dans son animation intellectuelle et éditoriale, n’a cessé de basculer à droite, cédant le pas aux obsessions de toujours de l’extrême droite ?

 

Nous avons suffisamment de mémoire pour contredire ceux qui relativisent en mettant le poids du Front national sur le compte d’une tendance européenne momentanée, où l’expression de la crise, de ses souffrances et de ses colères, passerait par un vote protestataire d’extrême droite. Ces raisonnements oublient l’antériorité française en la matière, cette persistance du Front national depuis son premier succès national aux élections européennes de 1984 où sa liste avait obtenu plus de 2 millions de voix (10,95 % des suffrages exprimés). A l’époque, déjà, alors que, depuis un an, des élections locales témoignaient de la renaissance de l’extrême droite française, la classe politique se rassurait à bon compte. C’était donc il y aura bientôt… trente ans.

 

La logique du bouc émissaire, qui a aujourd’hui droit de cité officiel sous un pouvoir de droite – « identité nationale »« civilisation supérieure »« musulman d’apparence »« étrangers trop nombreux », etc. –, prenait ses marques et, déjà, marquait des points. En septembre 1983, après une première percée municipale du Front national à Dreux, les commentaires dominants s’accordaient tous à mettre cet événement sur le compte d’une immigration « incontrôlée »« anarchique »« criminogène »,« clandestine »« sauvage »« proliférante », au choix des expressions qui s’installaient alors dans le langage commun.

 

L’extrême droite ne serait qu’un effet dont les immigrés seraient la cause, répétaient-ils en boucle. Et bien peu nombreux étaient alors ceux qui s’inquiétaient de cette première victoire lepéniste – non pas provisoirement dans les urnes, mais durablement dans les têtes.

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                            Quelle peut donc être la position, la réflexion d'un militant du Front de gauche au vu de cette situation. D'abord sa position politique personnelle, son analyse s'il est vraiment politisé et non un distributeur de réclame criant le plus fort.

                            Ensuite, partager ses vues avec ses camarades pour en faire une synthèse globale pour se définir collectivement. Alors où en sommes nous?

                            Le vote anti-Sarkozy est acquis et proclamé. Le vote "Hollande" est donc pour notre Front de gauche un devoir moral devant l'amalgame des droites et extrême-droite.

                            Le vote François Hollande est la seule possibilité offerte pour faire barrage aux démolisseurs associés de notre République.

                            Nous ne partageons et ne partagerons pas le même programme certes, mais nous sommes tenus de nous soutenir face à la "réaction" qui elle connait son devoir de classe.

                                 Alors votons Hollande,

                et ce sans trainer les pieds et la tête haute.

                            fdgplaceaupeuplepo

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