Front de gauche de Lizy et du Pays de l'Ourq 77

lundi 17 février 2014

Le chant du départ

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          Non, aujourd'hui n'est pas jour de fête... Même si certain atteignent des sommets, 6m16, d'autres, ce blog par exemple fatiguent.

          Cette charge va donc se terminer et ce blog, se démettre. A partir de demain ce sera la page blanche

          Le militant que je suis continuera son engagement au Front de gauche, bien évidemment, mais vu le peu d'intérêt que ce blog et le travail de militantisme suscitent dans notre canton, c'est bien cette feuille de choux électronique qui se fane.

          Alors bon courage à ceux qui comme nous , pour l'instant, supportent mal les magouilles Parisiennes de l'Elysée, de Matignon, de la rue Solférino, etc... Si cela convient à cette majorité d'habitant de ce canton en ne faisant rien pour essayer de s'en sortir il n-y a rien à ajouter, mais cela ne me convient pas, alors je tire ma révérence et me retire sur la pointe des pieds comme j'y étais arrivé. 

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samedi 15 février 2014

Où l'écologie est bien...loin!

 

le blog de corinne morel darleux

 

Ma visite à Fukushima, la dystopie au bout des doigts • 核 • 津波 •

Ecosocialisme au Japon, épisode 7 #エコソシアリズム

Posted: 14 Feb 2014 01:54 AM PST

"Aujourd’hui, sous le ciel bleu de Fukushima, des enfants jouent au ballon et regardent vers l’avenir. Pas vers le passé" Shinzo Abe, Premier ministre du Japon.

91.JPGMercredi 12 février 2014, 8h08. Gare centrale de Tokyo.

J'ai mal dormi, réveillée en sursaut par la douleur après avoir donné un violent coup de pied dans le mur qui borde mon lit.  J'avais pourtant renoncé à revoir Akira pour passer une bonne nuit. La matinée est froide. Sur le quai 21, le haut parleur mentionne tous les arrêts du Shinkansen vers Sendai. Je n'en entends qu'un, Fukushima... Trois ans que ce nom résonne dans le monde entier. Je me souviens de nos premiers communiqués, de mon billet de colère le 15 mars 2011 où déjà j'écrivais : "... mais j'avais dit assez de mots, je me tais. Je suis en colère, oui. Et je retiens mon souffle avec les damnés de l'archipel".

J'ai du mal à réaliser que dans deux heures j'y serai.


Voilà ce que j'écrivais mercredi, dans le train qui m'emportait à Fukushima, en prévision de ce billet. Et depuis, j'y suis allée. Et revenue. J'ai beaucoup hésité ces deux derniers jours sur la forme à donner à ce compte-rendu. Mes récits d'écosocialisme au Japon jusqu'ici on fait une large part aux émotions et il est vrai que je ne dissocie pas la politique des vibrations de la vie. Les parfums, les images et les sensations, tout fait sens pour capter l'ambiance et la culture d'un pays. Mais parler de Fukushima, faire le tri dans les émotions, rendre les paysages marqués par le tsunami et l'invisibilité de la radioactivité avec des mots, à chaud, sans sombrer dans le pathos ni travestir la réalité... Je ne veux pas faire de sensationnel, juste rendre compte et témoigner. Alors cette fois, un billet qui vous semblera peut être un peu froid. Mais froide, cette journée l'a été.

                                                                           

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10h, arrivée à Fukushima. Fukushima est à la fois le nom d'une Préfecture, d'une ville et de sa gare. Devant cette dernière, un panneau indique Fukushima Station. A côté, une publicité se détache en toutes lettres : Power city. La principale activité ici c'est l'agriculture, principalement les fruits. Leur vente a repris dès la deuxième année après le triple désastre. Séisme, tsunami, explosion à la centrale Tepco de Daiichi.

160.000 réfugiés ont fui, dont un tiers a du quitter la Préfecture. Aujourd'hui seulement 10.000 ont pu rentrer chez eux. Mais les jeunes ne veulent pas revenir ici. C'est un jour blanc, neigeux. Il fait froid, les rues de Fukushima ville sont grises et tristes. La traduction est parfois difficile, nous parlons un mélange de japonais, de français et d'anglais à nous quatre avec le Professeur et les époux Goto.

05.JPGPremier arrêt dans la ville de Fukushima, près de préfabriqués où vivent, en habitat temporaire, des réfugiés de Namie. Ils étaient venus pour un an, ils seront bientôt là depuis trois ans. En zone rouge, à Namie, on estime qu'il faudra plusieurs décennies avant de pouvoir se réinstaller.

Nous croisons une jeep de l'Armée de défense japonaise. La préfecture attire tous les trafics. Les travaux publics, comme dans le reste du pays, regorgent de sous-traitants et se retrouvent souvent in fine aux mains des yakusas, la mafia japonaise. Trois risques principaux sont surveillés ici. Vols, tremblement de terre, terrorisme. C'est ce qu'on me répond, dans cet ordre là. La centrale de Daiichi reste extrêmement dangereuse. Un tremblement de terre, une attaque, et tout est fini.


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En bas de l'immeuble où vivent les époux Goto, le travail de décontamination est terminé. En témoignent de grandes bâches bleues entreposées là. Personne ne semble savoir pour combien de temps. Sous le plastique, des tonnes de pelletées de sol. Le compteur Geiger annonce 0,179 microSV/h.

Le long de Shinobuyama, la montagne sacrée, nous reprenons la route. Celle qui a servi à évacuer au moment de la catastrophe, remplie de gens fuyant la côte Pacifique. En octobre 2011, l'assemblée de la ville de Fukushima a voté une résolution pour devenir indépendante du nucléaire. On m'explique que les habitants étaient pourtant des gens assez conservateurs, mais le désastre a révolutionné les mentalités. Et identifié deux ennemis déclarés : le gouvernement central et Tepco.

14.JPGLe slogan dans toute la Préfecture est devenu "Protest and Survive" et des initiatives citoyennes commencent à fleurir. L'Alliance paysanne que je rencontre à Ryozen a ainsi lancé un fonds, alimenté par des fermiers et des citoyens, pour monter une petite centrale solaire. Ils ont collecté 400.000 euros et catégoriquement refusé le moindre argent public. Ils m'expliquent leur volonté d'être indépendants, ils se méfient des autorités et ne veulent plus avoir affaire à tout ce qui peut représenter le gouvernement.La ferme solaire a été inaugurée en septembre dernier. En janvier, elle a produit 10.000 kWh. L'électricité est revendue à l'entreprise Tohoku Electric Power. Il était hors de question pour eux de revendre à Tepco. Le compteur Geiger indique 0,453 microSV/h. On évoque beaucoup le solaire ici, mais jamais les économies d'énergie. Je parle du scénario Negawatt et de transition énergétique pour la millième fois depuis que je suis arrivée.

16.JPGJe suis leur première visite. Ils sont ma première occasion de témoigner sur place de notre solidarité. Je leur parle de ce qu'on fait à la région Rhône Alpes pour les coopératives citoyennes, leur dis l'action qui a lieu en même temps à Paris contre le nucléaire, les chaines humaines chaque 11 mars. Ils me montrent leur maison, ancestrale, en bois, elle est là depuis 150 ans. Nos sourires, leur fierté... Eux comme moi, émus et joyeux. La neige nous empêche de nous approcher des panneaux solaires, ils m'invitent à revenir au Printemps.

A midi nous sommes à Soma, la température continue de baisser. Il fait 0°C. Les microSV augmentent un peu mais restent à des seuils raisonnables - pour une journée. 

32.JPGIci mes hôtes tiennent à me montrer un bâtiment créé en partenariat avec la Fondation de France et des étudiants en architecture de Tokyo. Il abrite aujourd'hui un hangar pour les fermiers, un magasin de vente directe et un lieu de rencontres - café. Le projet s'appelle Nomado. Le toit est couvert de panneaux solaires. Huit personnes y travaillent à plein temps.

Les paysans y disposent d'un équipement, obligatoire, pour contrôler le taux de radioactivité de leur production. Les sacs de riz sont étiquetés d'un code-barre qui permet d'avoir un accès direct à ces informations. La machine qui calcule le nombre de becquerels contenu dans le riz est vendue par Areva.Je me surprends moi-même à exploser de colère dans le hangar.


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Mes hôtes étonnés ont droit à une diatribe enflammée sur le capitalisme vert et ces multinationales qui font du profit en polluant, puis en dépolluant ce qu'elles ont détruit. Ainsi, Areva veut vendre du combustible Mox et des réacteurs nouvelle génération, "plus sûrs", au Japon. Mais en cas d'accident, pas de problème, Areva vend aussi. L'industrie du nucléaire gagne à tous les coups.

Le gérant a un autre projet en tête. Puisque personne ne peut retourner vivre en zone rouge, il veut y installer des panneaux photovoltaïques. Tout type d'entreprise y est interdit, mais le rapport de forces engagé par l'Alliance paysanne semble porter ses fruits. Ils ont obtenu l'autorisation des Ministères de l'agriculture et de l'industrie. Le projet doit démarrer cet été.


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Nous déjeunons d'un bento traditionnel dans le café Nomado. Accompagné de thé vert bio, sur lequel il est spécifié qu'il a été produit sans aucun lien avec les multinationales de l'agro-alimentaire. Dans le magasin j'achète un Hanami de poche, des fleurs de cerisiers séchées sur lesquelles il suffit de verser un peu d'eau brûlante pour provoquer la floraison tant appréciée au Japon.

14h, le soleil apparait et réchauffe un peu l'air. Nous sortons le compteur Geiger qui est obligatoire dans la zone des 20km autour de la centrale. Il restera allumé tout le long de notre présence dans ce rayon, jusqu'au contrôle final de contamination en fin de journée, réalisé par des officiers avant de nous laisser repartir de l'autre côté. A l'avant de la voiture, bien visible, l'autorisation officielle qui spécifie la plaque d'immatriculation et nos noms.

51.JPGNous longeons la côte. Si les désastres du nucléaire restent cachés, impalpables, les ravages du tsunami sont eux encore bien visibles. Par le vide de ces immenses étendues de neige, là où il y avait autrefois des maisons. Des océans de vide. Le tsunami a provoqué 20.000 morts. Mes guides me racontent les lieux qu'ils ont parcouru avant, et juste après le tsunami. La rivière où on pêchait du saumon... Nous entrons dans la zone d'exclusion des 20 km. Ici personne n'a le droit de rester la nuit. Nous n'avons pas le droit d'arrêter la voiture. C'est le domaine des porcs redevenus sauvages et des cochons-sangliers que les gens semblent beaucoup redouter.

Après avoir passé un premier checkpoint, nous arrivons à la ville côtière de Namie à 15h. Nous avons rendez-vous à la Mairie avec un responsable du service Santé.


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La Mairie tient un registre extrêmement détaillé de la nouvelle répartition géographique des habitants de Namie et de leur état de santé, régulièrement contrôlé. Namie est à cheval sur les trois zones : verte, orange et rouge. Les zones d'exclusion croisent deux critères : la distance de la centrale qui reste un facteur de risque important, matérialisé par le rayon des 20km, et le niveau de radioactivité dont la dispersion suit les courants des vents et va bien au-delà des 20km, mais peut aussi être faible tout près de Daiichi. Raison pour laquelle nous pourrons nous approcher à moins de 7 km de la centrale sans subir de trop fortes doses de radioactivité, qui ne dépassera jamais 0,500 microSV/h. Le risque le plus élevé ici en réalité, c'est celui d'un deuxième accident nucléaire. Dans les projets de reconstruction de la ville de Namie figurent un Mémorial et une ferme solaire.

Dernière étape, il est 16h30 et le soleil commence à décliner. Nous arrivons dans un lieu de bout du monde, improbable. Là où se situaient le port de Namie et son école élémentaire. 80 élèves en ont été évacués dès l'alerte du tremblement de terre. On aperçoit au loin les cheminées de la centrale Tepco. La terrible beauté du chaos. Pas de mots, juste des photos.

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Et toujours les mêmes... " Européens "

Tout est dit et bien dit dans cet excellent article de La Tribune !

Les juges constitutionnels allemands ont joué finement, mais ils ne laissent désormais quasiment aucune chance de survie au programme de la BCE. Encore une fois, Karlsruhe pèse sur l’Europe.

Depuis 2009, les décisions de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe ont des conséquences notables sur la nouvelle architecture institutionnelle de l’Union européenne. Sa décision sur le traité de Lisbonne en octobre 2009 réduisait désormais le champ des abandons de souveraineté. Trois ans plus tard, en septembre 2012, la validation du traité instituant le Mécanisme Européen de Stabilité (MES) plaçait le Bundestag en état d’accepter ou de refuser tout programme d’ajustement décidé au niveau européen. Ce 7 février, les juges en rouge ont une nouvelle fois marqué de leur empreinte l’avenir de la zone euro.

La transmission à la CJUE est liée au droit européen

Pour saisir de quelle façon, il faut reprendre la logique de la Cour. Vendredi, la Cour a refusé de statuer sur la constitutionnalité ou non du programme de rachat d’obligations souveraines de la zone euro par la BCE, l’OMT (Outright Monetary Transactions). La raison ? Une majorité de juge estime que l’OMT est contraire aux traités européens, que la BCE a « outrepassé » le mandat fixé par ces traités et que, en conséquence, c’est à la Cour de Justice de l’Union européenne (CJUE) de sanctionner ce programme. Le dossier a donc été transmis à Luxembourg.

Karlsruhe conserve une balle dans le barillet

Mais, cette transmission ne signifie pas que la Cour de Karlsruhe en a fini avec l’OMT. Dans sa décision, la Cour se réserve en effet le droit de sanctionner ce programme après la décision de la CJUE sur la base de sa constitutionnalité ou non en Allemagne. C’est ce que signifie clairement cette phrase sibylline : « la question de la constitutionnalité de l’OMT reste ouverte. » Cette méthode a plusieurs conséquences importantes.

Karlsruhe plus fort que Luxembourg

La première est juridique et elle a été mise en relief par un texte publié par la Fondation Bertelsmann ce lundi. Karlsruhe se place en effet en « censeur » de la CJUE au cas où cette dernière ne rendrait pas une décision « satisfaisante » du point de vue des juges constitutionnels allemands. Autrement dit, la CJUE n’a plus le monopole de la sanction du droit européen. Ses interprétations peuvent ensuite être censurées par les cours nationales du point de vue des constitutions nationales. C’est une conséquence majeure, dans la mesure où, désormais, la primauté du droit européen peut être remise en cause dans les Etats. Du point de vue de Karlsruhe, c’est la conséquence logique de sa décision de 2009 : puisque l’UE n’est pas un Etat fédéral, c’est la souveraineté nationale qui prime. La constitutionnalité des actes européens, y compris ceux de la seule institution « fédérale » européenne, la BCE, doivent donc être validées constitutionnellement dans les Etats.

L’essence de l’OMT

La deuxième conséquence concerne l’OMT lui-même. La foi dans ce programme qui a été lancé par la BCE le 4 septembre 2012, est qu’il est la traduction concrète du fameux « whatever it takes » (Quoi qu’il en coûte) de Mario Draghi, mots prononcés à Londres en juillet à propos du sauvetage de l’euro. C’est la certitude que la BCE n’hésitera pas à utiliser les montants nécessaires pour maintenir les écarts de taux à des niveaux raisonnables. C’est une réponse aux défis lancés par les investisseurs : n’attaquez pas les dettes souveraines de la zone euro, ou il vous en coûtera… Bref, pour résumer, la force (dissuasive, rappelons que l’OMT n’a jamais été utilisé) de ce programme se résume à deux de ses caractères : il est illimité et il est imprévisible (son seuil d’intervention n’est pas explicitement fixé). De quoi faire reculer les spéculateurs les plus hardis…

Pas de programme illimité possible pour la Cour de Karlsruhe

Mais la Cour de Karlsruhe estime précisément que l’essence même de l’OMT pose problème. En prévoyant des rachats illimités, l’OMT met en quelque sorte sur le tapis le bilan de la BCE. Cette dernière peut encaisser des pertes et réclamer une recapitalisation de ses actionnaires, les banques centrales nationales. Dans ce cas, la Bundesbank, donc in fine l’Etat fédéral allemand, devra payer. Pour Karlsruhe, l’OMT est un chèque en blanc tiré sur le contribuable allemand. Or, dans sa décision sur le MES de 2012, les juges de Karlsruhe ont prévenu que tout engagement de l’Allemagne vis-à-vis de ses partenaires européens ne pouvait être pris qu’après l’accord du Bundestag. Ceci, afin de respecter la souveraineté budgétaire du peuple allemand représenté par ses députés puisque l’UE n’est pas un Etat national et que cette souveraineté réside toujours dans les Etats (décision de 2009). Bref, la BCE n’a pas le droit de procéder à des achats « illimités », elle doit demander au Bundestag de lui ouvrir une garantie sur une somme donnée et obtenir son accord.

L’épée de Damoclès de « l’aléa moral »

Deuxième élément de rejet de la Cour de Karlsruhe : la volonté de limiter les écarts de taux sans fixer de seuil. Pour les juges de Karlsruhe, ceci fait peser une menace sur le budget allemand. Car l’OMT pourrait inciter les pays endettés à ne « rien faire », se sachant protéger par la BCE. En cas de hausse « justifiée » des taux, liée à la situation budgétaire du pays, la BCE devrait néanmoins intervenir pour sauver l’euro « quoi qu’il en coûte. » Mais alors, la BCE financerait de facto ce gouvernement, ce qui est interdit par les Traités européens. C’est le fameux «aléa moral. » Du point de vue de la cour allemande, ceci revient encore une fois à tirer un chèque en blanc sur le contribuable allemand pour financer d’autres Etats sans contrôle démocratique. C’est donc une brèche dans la souveraineté de l’Allemagne et c’est donc inconstitutionnel.

Un programme sans doute inconstitutionnel

Il ne faut donc pas s’y tromper : l’interprétation des juges de Karlsruhe est claire : l’OMT n’est pas compatible avec la constitution allemande. Simplement, il leur faut, avant de le déclarer ouvertement, transmettre le dossier à la CJUE pour qu’elle juge de la conformité du programme avec les traités, ce qui ne relève pas de sa compétence.

Un compromis possible ?

Mais alors, que peut-il se passer ? La fondation Bertelsmann table sur une décision de la CJUE qui « pourrait pacifier » Karlsruhe, sans préciser le contenu de ce compromis. Mais on voit mal comment cela serait possible. Si la CJUE insiste sur le caractère « conditionnel » du programme, autrement dit sur la nécessité du pays qui demande la protection de la BCE de se soumettre au « programme d’ajustement » du MES, et en précise les contours, cela ne pourra satisfaire Karlsruhe. En effet, la « conditionnalité » peut réduire « l’aléa moral », mais il ne peut réduire le caractère illimité du programme qui, on l’a vu, pose problème. Or, si la CJUE touche à cet aspect illimité, elle tue immédiatement la raison d’être de l’OMT et, pire, place la BCE dans la dépendance des décisions du Bundestag, donc du pouvoir politique. Ce serait dévastateur pour l’institution de Francfort qui, pour sauvegarder son « indépendance », serait alors obligé d’en finir avec l’OMT.

Si Luxembourg donne raison à Karlsruhe…

Bref, un « compromis » semble difficilement possible. Reste alors deux «scénarios extrêmes. » Le premier – le moins probable – est que la CJUE suive les « recommandations » de la Cour de Karlsruhe. Dans ce cas, la BCE est désavouée, elle doit stopper l’OMT ou en présenter une version limitée, donc peu crédible. De facto, l’OMT aura cessé d’exister. La BCE aura subi un revers qui risque de jouer sur sa crédibilité et la CJUE se sera laissé dicter sa décision par la cour allemande. L’UE et la zone euro seront juridiquement et financièrement atomisées. Il n’est pas sûr que l’euro réchappe à terme d’une telle décision. C’est pourquoi elle est improbable.

Si Luxembourg donne raison à Francfort…

Deuxième scénario : la CJUE confirme que la BCE n’a pas outrepassé son mandat et réclame simplement plus de « garde-fous », comme la constitution de réserves supplémentaires ou une conditionnalité plus explicite. La BCE triomphe, mais la Cour allemande peut alors se ressaisir du dossier et déclarer l’OMT contraire à la Loi Fondamentale (constitution fédérale). Dans ce cas, Karlsruhe peut exiger de la Bundesbank qu’elle ne participe pas à l’OMT.

Qu’adviendra-t-il alors ? En théorie, l’OMT subsistera, mais la Bundesbank ne participera pas aux rachats des titres. Ceux-ci seront donc effectuer par la BCE elle-même ou les autres banques nationales. Mais il y a une conséquence majeure à cette décision : la Bundesbank ne participant pas à l’OMT, elle ne prendra pas sur elle la responsabilité lié à ces rachats. En cas de pertes, Berlin ne pourra en effet constitutionnellement pas renflouer la Bundesbank pour qu’elle participe à l’augmentation de capital de la BCE. De facto donc, la Bundesbank sera placée hors de l’Eurosystème. Or, chacun le sait : la confiance dans l’Eurosystème ne repose que sur l’Allemagne. Les Pays-Bas, la France, la Finlande, l’Autriche pourront-ils assumer l’OMT avec leurs seules forces ? L’OMT aura-t-il alors la même crédibilité ? Evidemment non. Sans la Bundesbank, l’OMT perdra toute existence réelle. Ce ne sera qu’un morceau de papier.

Feu l’OMT

Voilà pourquoi les grands économistes ordolibéraux allemands, comme Hans-Werner Sinn, jubilent depuis la décision de Karlsruhe : parce que cette décision a de facto et quoi qu’il arrive vider l’OMT de sa substance. L’OMT est bel et bien mort. Sa seule force, c’est qu’il est mort avant d’avoir vécu. Ayant toujours été une fiction, sa vie fictive se poursuit avec l’appel à la CJUE. Pour la BCE, c’est l’essentiel. La seule question est désormais de savoir jusqu’à quand cette usine Potemkine européenne tiendra…

 

Source : Romaric Godin pour La Tribune

 

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vendredi 14 février 2014

Une gauche anti-capitaliste ?

Chronique d'Evariste

Pourquoi devons-nous passer

 

d’une gauche de la gauche à

 

une gauche de gauche ?

 

 

Mercredi 12 février 2014
Par Évariste
Pour réagir aux articles,
écrire à evariste@gaucherepublicaine.org

Gauche de gauche : l’expression « gauche de gauche » vient d’une tribune de P. Bourdieu, « Pour une gauche de gauche », publiée dans le Monde du 08/04/1998. Au lendemain d’élections de présidents de région alliés au FN, Bourdieu y fustigeait lagauche de gouvernement (Jospin, Chevènement, Hue, Voynet), menant depuis longtemps « une politique instrumentale et cynique, plus attentive aux intérêts des élus qu’aux problèmes des électeurs » (déjà !), qui déçoit les électeurs de gauche.
Cette expression est reprise encore récemment dans des titres de livres ou d’articles, mais la « gauche de gauche » de Bourdieu n’est pas la nôtre. D’une part, Bourdieu précisera lui-même, dans une interview ultérieure à Télérama (idem), que s’il appelle de ses vœux « une gauche vraiment de gauche », c’est uniquement en tant qu’intellectuel, et que parler de « gauche de la gauche » renvoie à un positionnement politique qui ne le concerne pas. D’autre part, selon lui, une « vraie gauche » doit dépasser « la prétendue fatalité des lois économiques » et s’atteler à « humaniser le monde social », ce qui est bien le projet de ce que nous appelons « gauche de la gauche » ; c’était le nom que s’était donné une liste de l’époque et qui est repris aujourd’hui pour d’autres tentatives de constituer des listes de « gauche pour de vrai », allant de la gauche du PS au NPA en passant par le PG, tentatives qui se heurtent le plus souvent aux stratégies partisanes nationales.
Comme nous l’avons maintes fois expliqué, le projet de cette « gauche de la gauche » se veut plus radical, mais il n’est pas anti-capitaliste, et son volontarisme politique se heurtera aux lois de l’économie, non pas celles, fictives, des libéraux, qui en déduisent qu’il n’y a pas d’alternative, ni celles, circonstancielles, des pseudo-keynésiens, qui veulent restaurer les Trente glorieuses d’un simple coup de baguette magique électorale, mais bien les lois de l’économie qu’a dégagées l’analyse critique de Marx, qui situe la crise non pas dans le « monde enchanté » de la marchandise et de la finance, mais dans le cœur productif du mode de production capitaliste.
Pour nous, l’expression « gauche de gauche » renvoie plutôt à la bande des quatre de la revue Kommunist qui, après la dérive de la Révolution de 17, se revendiquaient « communistes de gauche », et non « à gauche des communistes »1 Une gauche de gauche, aujourd’hui, n’est pas simplement à la gauche de la gauche, elle est une autre gauche, différente, une gauche de gauche, qui ne doit pas simplement proposer une autre gestion, un alter-capitalisme (par exemple, dans le mythe d’une Europe sociale qui surgirait de l’intérieur de la construction européenne actuelle), une alter-mondialisation (qui ne lutterait par exemple que contre la finance et non contre le mode de production qui la génère), mais bien un anti-capitalisme, en renouant avec le vrai socialisme (loin de la caricature des solfériniens) celui d’avant la dérive social-démocrate ou libertaire. Une gauche de gauche doit renouer son lien avec le prolétariat, donc avec les couches populaires (ouvriers et employés). N’oubliez pas que le vote Front de gauche au premier tour de l’élection présidentielle de 2012 ne fut que le 5e choix des couches populaires !
Et rien n’a changé sur ce point depuis au sein du Front de gauche !
Pour cela, elle doit devenir anti-capitaliste, comme nous venons de le préciser. Une gauche anti-capitaliste s’appuie sur les couches sociales populaires, dont la conscience de classe peut renverser les choses, elle les mobilise dans les domaines qui leur importent au premier chef : école, protection sociale, services publics, chômage, précarité, politique industrielle, Union européenne, zone euro, etc. Une gauche anti-capitaliste a rompu son rapport quasi exclusif avec les couches moyennes, fussent-elles radicalisées, le travail sociétal en leur faveur ne devant plus servir plus à masquer le vide social.
On ne peut pas rallier les couches populaires sur une ligne politique qui défend principalement les couches moyennes (39 % du salariat si on part de la classification PCS de l’Insee), dont une partie défend la politique néolibérale et participe au phénomène de « gentrification », qui voit le développement des couches populaires dans des territoires où ne vivent pas les militants !
Pour cela, elle doit aller au-delà d’un simple anti-capitalisme déclaratif sans contenu réel et rompre avec l’idéalisme gauchiste (au sens de Lénine dans son livre Le gauchisme, maladie infantile du communisme) d’après lequel nous pourrions nous abstraire, par simple volontarisme, des dures lois de l’économie politique !
Pour cela, elle doit construire un discours qui intègre l’espoir concret d’un modèle politique alternatif. Pour nous, cela passe par la reprise actualisée et développée du concept de République sociale, en développant les apports de la révolution de 1848, de la Commune, des amis de Jean Jaurès, des amis d’Antonio Gramsci, du Front populaire, de la Résistance, du programme du Conseil national de la Résistance… Le matin du grand soir n’est pas pour demain, disaient les conservateurs, mais une gauche de gauche peut y conduire, en réutilisant la stratégie de l’évolution révolutionnaire bien décrite en son temps par Jean Jaurès, fondée sur une politique concomitante et cohérente des trois regards : le temps court, le temps moyen, le temps long !
Pour cela, la gauche de gauche doit donner la priorité à une éducation populaire de masse vers les couches populaires (ouvriers et employés) et les couches moyennes intermédiaires (ensemble 77 % de la population, selon la classification PCS de l’Insee), car elle ne ralliera pas les couches populaires uniquement par des prises de parole de leurs leaders à la télévision et dans des meetings certes compacts, mais dont elles sont absentes !
Vu l’importance de ce dossier, nous sommes à votre disposition pour touteparticipation sur ce thème dans les réunions publiques que vous allez organiser. Haut les cœurs !

  1. Ont signé les quatre numéros de la revue Kommunist (1918, récemment rééditée par l’intéressant collectif toulousain d’édition Smolny)  Boukharine, Ossinsky, Radek et Smirnov. Ces « communistes de gauche » (il y avait aussi Préobrajenski, Kollontaï, etc.), dont certains rejoindront plus tard la direction léniniste, s’opposaient au sein du PCUS, à Lénine sur ses choix, qu’on peut résumer par la fameuse expression «le communisme, c’est l’électrification plus les soviets », pas fausse en soi, mais qui préfigurait la NEP et couvrit la continuation de l’accumulation capitaliste sous direction centralisée. []

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croissance patrimonialisée.

Nous avons souligné que l’élément constant de la politique de la FED était le soutien au patrimoine. L’élévation de la valeur des patrimoines immobiliers et financiers est un élément central d’une croissance patrimonialisée.

L’élévation de la valeur des patrimoines est le garant d’une faible épargne et d’un fort niveau de consommation tirant la croissance : la croissance est d’autant plus forte que les ménages substituent la croissance de la valeur virtuelle de leur patrimoine à une épargne classique formée sur le revenu. L’augmentation de la valeur du patrimoine entretient  encore la croissance par le poids des plus values de cession et des crédits à la consommation gagés sur les logements. Les inégalités croissantes de revenu et de répartition du patrimoine financier ne sont supportables qu’en raison de l’élargissement permanent de la base sociale de la propriété immobilière.

L’euphorie consumériste, caractérisant  l’économie américaine  depuis une trentaine d’années, est inséparable d’un accroissement permanent de l’Amérique des propriétaires autant que du prix des logements.  Ce sont les GSE (Fannie Mae et Freddie Mac) qui ont garanti une augmentation ininterrompue des prix des logements,  suspendue par les récessions, mais jamais inversée depuis les années 70.

Le patrimoine immobilier est au cœur d’un compromis national patrimonial intégrant à la valorisation des logements,  les disparités de patrimoine financier autant que la polarisation des revenus.  En effet, la mise en place – et en œuvre -  des mécanismes d’enrichissement du top ten aurait sans doute été politiquement plus délicate si le reste de la population n’avait pas trouvé dans la croissance du prix des logements un lot de consolation anesthésiant frustrations et contestations éventuelles  des inégalités croissantes de revenu.

C’est ainsi que la croissance du prix des logements a rendu tolérable la polarisation des salaires vers le haut, les revenus croissants des propriétaires d’entreprise, le creusement des inégalités de répartition de revenu consécutives  à la concentration  des détentions de capital-action ou de capital-argent porteur d’intérêt.

Il est donc compréhensible que la FED ait fait un effort conséquent pour soutenir la revalorisation des patrimoines financier et immobilier.

Nous voulons dans ce papier examiner le rôle qu’a joué la FED dans le soutien des prix immobiliers. Nous traiterons des opérations de QE dans un papier suivant. Mais avant d’entrer dans l’examen de l’action de la FED, de ses résultats et de ses raisons, nous rappellerons brièvement que la FED s’est livrée a deux grosses opérations de soutien à l’immobilier.

La première débute en 2009 et s’arrête à la fin du premier semestre 2010, elle consiste en un rachat de centaines de milliards de dollars de créances des agences et en un achat de volume considérable de créances nouvelles des  agences américaines  Fannie Mae et Ginnie Mae – Freddie Mac restant hors jeu en raison d’une situation financière calamiteuse.

La seconde est annoncée durant l’été 2013, il s’agit pour la FED d’acheter des RMBS nouvellement émis des agences afin de précipiter la reprise en apportant un soutien financier à un marché immobilier toujours déprimé. Ces achats  débuteront à l’automne, ils ont été poursuivis à raison de 40 Md de $ mensuel. Leur montant a été abaissé à 35 Md de $ mensuel à la fin de 2013 (Décision du FOMC de décembre).

Il reste donc à comprendre la logique de l’action de la FED en articulant trois éléments : A – Les raisons de l’intervention de la FED à partir de 2009 : B – les effets de l’intervention de la FED  sur la valeur des logements et des patrimoines C : les effets de dynamisation du marché immobilier du neuf et de l’ancien et les limites de l’action de la FED.

Nous verrons au cours de cet examen que la FED a excédé sa fonction traditionnelle : de gestionnaire de la monnaie et de banque des banques, elle est devenue banque immobilière donnant le là du financement de l’immobilier. Faut-il s’en surprendre, la crise en a fait une co-gestionnaire et de la dette publique dont elle administre les émissions et les intérêts.

Nous nous interrogerons en conclusion sur l’utilité des opérations d’achat de RMBS par la FED depuis 2013 et sur son aptitude à sortir de son rôle de soutien au patrimoine.

A – La situation crise de 2008 et la transformation de la FED en banque immobilière.

La crise de 2007-2008 met un terme au boom immobilier américain entretenu par une expansion permanente  du crédit avec à la fin un retournement général du marché causé par la diffusion de crédit à risque (Crédit Subprime, Alt A)  à des catégories économiquement fragiles de la population Américaine.

Avant la crise, la croissance du crédit en pourcentage  d’une année sur l’autre (+ de 11 % en 2006) et les volumes colossaux de crédits immobiliers nets accordés (+ de 1000 Md en 2006 résultant de la différence entre les crédits nouveaux et les crédits amortis), ne pouvaient que se terminer en catastrophe. La chute des crédits immobiliers en 2007 en croissance et en valeur annonce l’effondrement de 2008. Depuis, le 2008, les ménages américains sont entrés dans une longue période de désendettement marque par une évolution négative de leurs crédits immobiliers net en pourcentage  et en valeur.

Cette évolution négative des crédits s’explique aisément : les amortissements de crédit dépassent les crédits émis. Le crédit immobilier n’est pas pour autant nul en valeur absolue. Le marché est déprimé.

On peut déjà noter que la transformation de la FED en banque immobilière a eu un effet positif sur la valeur absolue des crédits émis : enrayé l’effondrement du financement de l’immobilier entre 2009 et 2010. La rechute du T-2 2010 montre encore le rôle essentiel d’une FED-Banque immobilière. Le marché du crédit immobilier reste globalement déprimé jusqu’en 2013 T-2. Le retour du crédit immobilier en phase expansive (>0) n’est réalisé qu’après que la FED est réaffirmé son rôle de banque immobilière à l’été de 2013, l’expansion des crédits immobiliers de la FED par rachat des RMBS ne permet au crédit immobilier de sortir de sa phase de contraction qu’au T-3 2013. L’amélioration du crédit immobilier doit donc tout à la FED depuis 2008.

L’intervention de la FED s’explique par l’Etat du financement de l’immobilier, financement d’autant plus indispensable que les apports des ménages n’ont cessé de baisser : à la veille de la crise, ils représentent moins de 8 % des crédits consentis, certains experts font chuter ce chiffre à 4 %.

En 2008, la tritrisation privée et les  crédits  des sociétés immobilières spécialisées (REIT et Finance companies) entrent dans une phase de contraction exceptionnelle  de leurs activités  de crédit . Ces grands financeurs de l’immobilier – représentant un tiers des créances – subissent de plein fouet les pertes  sur créances titrisées et la dégradation de leur condition d’émissions de créances nouvelles. La contraction  record de 2008-2010 s’explique par le financement à court terme de la titrisation. A dater de 2011, cette contraction  enregistre simplement l’effet des amortissements créances immobilières.

La contraction des crédits immobiliers d’origine bancaire retire au marché immobilier le second pilier de son expansion. La contraction est moins forte en raison de la structure de financements de l’immobilier par les banques qui reposent moins sur les crédits à court terme.

La contraction du crédit privé aurait dû entraîner inévitablement un effondrement du financement à crédit du marché immobilier. Cette contraction  est en effet l’expression du poids des amortissements de très fort volume de crédits accordés à long terme aux ménages autant que de la baisse très forte des crédits immobiliers émis : nul pour la tritrisation (ou presque) depuis la crise de 2007, en quantité limitée pour les banques depuis 2007. On notera que la situation générale reste encore négative  en 2013 : les crédits immobiliers stagnent depuis 2011.

La FED devait donc réagir. Seules les agences affichent un bilan moins médiocre. Si la crise immobilière de 2007 n’entraîne pas une inversion des opérations de crédit des GSE en 2008, c’est qu’elles bénéficient de la garantie publique : ne détiennent-elles  pas 50 % des créances immobilières des ménages. Mais après la crise de 2008, cette confiance n’était plus suffisante pour garantir  le financement de ces mastodontes financiers gâvés de créances douteuses.

La tendance à la contraction des activités  de crédits des GSE entre 2008 T1 et 2 et 2009 T-1 est corrigée par les achats massifs de la FED qui permettent d’éviter que les agences ne connaissent à leur tour une contraction de leur activité immobilière. Le financement des agences redevient positif  à dater de 2009 T-2,  Il fléchit dès l’arrêt du programme d’achat de la FED en 2010 (S-1). La fin des achats de la FED prive les agences de leur capacité  autonome d’action en 2011-2012 où le solde de leurs activités  devient généralement négatif.  C’est la reprise des engagements immobiliers de la FED en 2013, qui permet  aux agences de soutenir à nouveau activement le secteur immobilier.

La logique de l’action de la FED confirme cette thèse : les actifs en portefeuille des GSE sont négatifs en raison de la mauvaise santé de ces entreprises qui sont bourrées de créances douteuses. La priorité est visiblement à l’amélioration de leur compte de portefeuille ce qui suppose un désendettement qui dure de 2010 à 2012.  A l’inverse, la FED se porte à leur secours en achetant des volumes colossaux de créances immobilières titrisées que les investisseurs privés (américains et étrangers) ne veulent plus détenir. Il semble que la meilleure santé financière de Fannie mae et de Ginnie explique que la FED ait pu changer sa logique d’investissement en finançant directement  les agences à dater de 2013. D’où la stabilité des émissions de créances entre 2010 T-3 et 2013.

Afin d’expliquer l’intervention de la FED nous faisons figurer sur un dernier graphique la ventilation des crédits de la tritrisation et des entreprises spécialisées dans le crédit immobilier aux ménages. Alors que la titrisation privée n’avait cessé dans la décennie précédant la crise de s’affirmer, la contraction continue de ce mode de financement ne peut qu’obliger la FED a monté au créneau sur fond de faible activité de banques échaudées par les défaillances des emprunteurs et l’accentuation générale du risque crédit.

En intervenant pour financer le crédit immobilier, la FED agit en faveur de la croissance. Elle détend les conditions d’attribution des crédits immobiliers dans les réseaux dominés par les GSE. Elle évite ainsi que les ménages ne soient induits pas la crise à faire de l’épargne afin d’augmenter leurs apports financiers futurs pour l’octroi d’un crédit. Elle évite donc que les achats de logements réalisés en moindre quantité ne débouchent sur un ralentissement de la consommation.

Cet aspect positif de son action est périphérique à l’objectif central sous-tendant son financement de l’immobilier : éviter une chute dramatique des achats de logement à crédit qui entraînerait une baisse vertigineuse de la valeur des patrimoines.

En effet si le financement des logements empruntait à nouveau la voie des apports et d’un crédit immobilier sain, la valeur des patrimoines baisserait inévitablement avec le retour à des volumes de transactions effectuées dans des conditions normales.

Les conditions du financement à crédit des patrimoines immobiliers disparaîtraient,  et avec elles le compromis national patrimonial.  La question des inégalités de revenu et de patrimoines ne serait sans doute plus neutralisée par la valorisation des patrimoines financiers et immobiliers.

Il faut donc nous tourner vers les résultats de la transformation de la FED en grosse banque immobilière, garante en dernier ressort du compromis national-patrimonial et de la conservation du modèle de croissance des USA.

B – La FED et le compromis national patrimonial.

Un premier constat s’impose. La crise à bien entraîné une forte baisse de la valeur des patrimoines immobiliers des ménages américains : 24966 Md de $ en 2006, 18623 Md de $ au T2 2009, soit une baisse de 25,4 %.

A dater de 2009, le financement de l’immobilier par la FED  n’a permis que stabiliser de la valeur des patrimoines. Tant que ce financement a été effectif (2009- 2010 S-1), les patrimoines ont conservé la même valeur  (+ou– 18650 Md de $). Mais dès que la FED a confié le financement de l’immobilier au marché, ils ont connu à nouveau une érosion les faisant descendre à une valeur de 18120 Md de $ au T-4 2011-T2 2012, soit + 2 % de baisse en comparaison de 2009 T-2. Cette érosion n’est corrigée qu’en 2012, les patrimoines remontant à 19709 Md de $ au T-4 2012.

A ce rythme, il aurait fallu attendre cinq ans pour que la valeur des patrimoines retrouve son niveau d’avant crise. Pour accélérer  « la reprise » la FED a donc décidé de palier les effets décevants  du marché qui souffrent encore d’un crédit débilité par la crise.

Ce rôle que la FED assume est inévitable : dès que la FED fait entrer dans le négatif ses volumes d’engagement (2010 T-3 à 2012 T-4), le marché privé affiche des capacités autonome très faible d’augmentation de la valeur des patrimoines.

L’indice Case et Shiler confirme les données de la FED. Il a le mérite d’être indépendant d’elle. Les corrélations que nous avons notées entre les achats de RMBS par la FED et l’évolution des patrimoines se retrouvent  dans les prix des logements des grandes aires urbaines américaines réunissant 85 % de la population américaine.

La chute de l’indice Case and Shiller est constatable jusqu’en 2009 T-3. L’intervention massive de la FED permet de redresser la situation jusqu’au 2012 T-2. Ensuite les prix des logements des grandes aires métropolitaines se dégradent à nouveau jusqu’en 2012 T-2 en raison de la contraction de l’activité de la FED. Le redressement des prix à partir de 2012 T-3 est le résultat d’une amélioration toute relative des conditions du crédit qui permet aux banques d’émettre un peu plus de créances immobilières. La progression trop lente du crédit se reflète dans l’évolution de l’indice qui ne retrouve le niveau médiocre de 2010 T-2 (146,8) que fin 2012 (145,9 au T-4 2012).

La FED intervient donc en 2013, avec un relatif succès, pour accélérer  la remontée des prix (L’indice remonte à160,6) et stimuler la consommation en rendant moins utile l’épargne. Mais il reste 44 Points d’indice à reprendre pour revenir au prix de 2006.

Nous citons une dernière source : l’indice HPI. Il a le mérite de s’appliquer à tous les USA. Il fait apparaître le rôle essentiel des deux interventions de la FED pour stabiliser les prix des logements et accélérer leur remontée. L’arrêt de l’intervention de la FED et la contraction de son activité  sont révélateurs  de la faiblesse persistante des financement privés. L’indice HPI est réorienté à la baisse dès que la FED relâche son action.

Ces trois sources montrent deux choses : la FED a réussi dans son programme de protection du compromis national patrimonial. On peut dire qu’elle l’a préservé. Pourtant, elle est loin d’en avoir rétabli l’efficace économique. Cette efficace passe en effet par une remontée des prix immobiliers et des valeurs des patrimoines beaucoup plus sensibles. Le marché privé à lui seul ne peut l’atteindre avant longtemps.

La FED en choisissant de réduire son programme d’achat à 35 Md de $ illustre à quel point la situation financière de l’immobilier reste indécise. Le crédit privé frémit, mais il demeure insuffisant, la FED veut réduire ses achats de RMBS, mais elle ne pourra que le faire très lentement. Elle court en effet le risque de voir les prix des logements entamer une trop lente remontée incompatible avec une accélération de « la reprise ».

La FED doit donc rester engagée dans un financement immobilier dégradant son bilan. Et nul ne peut dire qu’elle devra être la durée et le volume ses engagements futurs. Nous estimons ces achats en 2009-201 T2 à 500-600 Md de $. Ils ont été de 480 Md de $ en 2013 et devrait chuter à 420 Md de $ en 2014. Des sommes qui restent colossales alors que la FED doit assurer le financement de la dette fédérale dans la perspective  inévitable d’une lente remontée des taux d’intérêt.

C – Les effets concrets sur la dynamique du marché immobilier et le rôle leader de la FED

Pour ne pas faire de contresens à lecture des deux graphiques qui suivent, il faut se souvenir qu’en 2009-2010 S-1, les achats de la FED visent autant à soutenir l’immobilier qu’à acheter des créances immobilières sous forme de RMBS afin de financer l’immobilier neuf et ancien.

Le rôle des financements de la FED est particulièrement  visible quand on examine les engagements de la FED et le volume de transactions répertoriées par la National Association of Realtors – l’équivalent américain de la FNAIM.

Les engagements financiers de la FED en 2009 rendent possible un redressement du volume des ventes.  Mais après cette date, on assiste à une décorrélation  des achats de la FED et du volume des ventes. Les ventes continuent de se réaliser en 2011 alors que les achats de la FED sont en contraction. Le retour dans le positif des achats de la FED après 2012 T-4 ne semble pas avoir plus d’effet sur les ventes.

Ce que nous révèle le secteur de l’ancien est parfaitement reproduit lors de l’examen des constructions nouvelles.  La décorrélation entre les engagements financiers en faveur de l’immobilier de la FED et les nouvelles maisons en cours de construction se constate de deux manières : les nouvelles maisons en construction sont indifférentes à la contraction des achats de la FED (2010 T-4 à 2012 T-4) ou à leur retour à l’expansion (2013 T-1 à 2013 T-4). Les achats de RMBS ont surtout été déterminants en 2009-2010 T-2, ils ont arrêté l’effondrement du secteur de la construction résidentielle.

Cette dynamique du marché immobilier permet de tirer deux conclusions sur les effets des investissements de la FED. Le soutien de la FED permet bien un redressement des prix des logements et de la valeur des patrimoines, mais il reste sans influence sur le volume des transactions et des constructions nouvelles.

La FED réussit donc à influencer la valeur des patrimoines mais pas l’économie immobilière réelle : les ventes de logements anciens et les constructions nouvelles reprennent lentement sans paraître  dépendre des facilités de crédit  offertes par le rachat des RMBS de la FED

Sans influence sur le volume de transactions et les constructions nouvelles, la FED ne réussit qu’à peser sur la valeur des actifs immobiliers.

Conclusions : Petit bilan de la politique immobilière de la FED

Les limites de l’action de la FED se retrouvent à nouveau quand on étudie le secteur commercial : les banques restent globalement peu disposées à refaire du crédit immobilier en fort volume. Leur crédit immobilier net se contracte encore. Ce crédit net aurait du repartir, les banques commerciale ont en effet des niveaux de provisionnement sur crédit (charge off) représentant un volume décroissant de leur actifs, la situation n’a cessé de s’améliorer depuis le pic de 2010 T-1. Les défauts de paiement sur les crédits immobiliers sont eux aussi à la baisse depuis 2009 T-2. Le secteur bancaire devrait donc se remettre à faire du crédit.

On atteint sans doute les illusions financières de la FED. La FED peut financer l’immobilier, mais elle ne peut inverser les effets d’une crise patrimoniale : les banques et les consommateurs restent frileux car les unes et les autres ont été échaudés. Cette attitude est parfaitement logique : après un effondrement de la valeur des logements financés à crédit, les particuliers et les banques mettent des années pour reprendre la voie des emprunts et des prêts immobiliers.

Le fait qu’un grand nombre de crédits soit rachetés par la FED peut sans doute expliquer une tolérance plus grande du secteur financier à la hausse des prix et au coût des financements. C’est normal, une large partie des crédits échoue à la fin dans le giron de la FED qui les rachète.

Dans ces conditions la FED peut faire remonter la valeur des patrimoines, notamment depuis 2013, mais elle est hors d’état d’agir concrètement sur le marché immobilier et sur le crédit distribué par les banques commerciales. L’état de grande prudence du secteur commercial trouve dans l’effondrement de la titrisation sa traduction évidente : la titrisation privée est faible car elle a causé au système financier de très gros dégâts et à fait les frais de la crise financière.

A ce titre, le redressement de la valeur des patrimoines permet d’aboutir à la consolidation  du compromis-national patrimonial, mais cette consolidation est fragile. Le retrait du financement de l’immobilier par la FED risquerait d’entraîner la stagnation du prix des logements, voire  leur baisse.  On peut donc d’interroger sur l’avenir de cette politique d’achat de RMBS de la FED : la FED pourra-t-elle se retirer du financement de l’immobilier. On. peut en douter comme l’illustre la prudence avec laquelle elle diminue ses engagements

On peut encore d’interroger sur la vocation de la FED a favorisé la reprise. Si nous retenons le secteur immobilier la FED a eu peu d’influence sur l’économie réelle. Les transactions dans l’ancien et les constructions neuves reprennent lentement sans qu’il soit possible d’y discerner le rôle positif de la FED. Le doute sur le rôle positif de la politique patrimoniale FED peut encore être élargi au consumérisme que le redressement de la valeur des patrimoines devrait encourager.  C’est tout l’enjeu de la reprise des achats de RMBS depuis l’automne 2013.

A l’évidence, la FED n’a pas les moyens et surtout la durée pour faire remonter la valeur des patrimoines très fortement. La réduction de son programme de rachat de RMBS fin 2013 annonce la fin d’une politique aux maigres résultats pour des volumes d’achats considérables et des coûts colossaux. En fait, le secteur financier privé ne semble pas prêt à suivre la FED dans une nouvelle phase d’euphorie patrimoniale-consumériste. Le taux d’épargne des ménages fléchit, depuis 2011, mais il s’est redressé en 2013 au moment où la FED obtenait par son action une remontée des prix des logements.

La FED fait pour l’instant cavalier seul ; c’est à terme une posture insoutenable. La relance du modèle de croissance patrimonialisée est sans doute impossible.  Il s’ensuit que l’idée de relancer l’immobilier pour remettre en place le compromis national-patrimonial et la croissance sur fond d’euphorie consumériste ne peut constituer un objectif à la portée de la FED.

La politique patrimoniale de Bernanke s’est avérée utile en 2009-2010 quand le marché immobilier était au bord de l’effondrement. Au delà, cette politique semble superflue ou, en étant indulgent, à faible rendement. Elle doit être abandonnée.

Le bilan immobilier de la FED sous Bernanke est donc contrasté.

Nous verrons dans un prochain papier que la politique visant à redresser la valeur des patrimoines financiers est nocive pour l’investissement et l’emploi. La FED après 2008 (sauvetage  du système financier) et 2009-2010 (sauvetage des GSE et arrêts de la dégradation des patrimoines) aurait-elle retenu des options peu positives ou contreproductives ?  La réponse à cette question est positive, mais elle reste à démontrer.

Onubre Einz.

Posté par 1776577440 à 07:59 - Commentaires [0]
jeudi 13 février 2014

Etat des lieux avant travaux...

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             Difficile de comprendre la manière dont la France en ces temps de crise du système capitaliste se doit de réagir et pourtant les socialos-incompatibles eux n'ont aucun problème...

             Ils ponctionnent comme les socials-incompatibles de Grèce et d'Espagne l'ont fait avant eux et avec les mêmes résultats désastreux.

             Oh France réveille toi! Leur système est arrivé au bout de l'entendement prenez en conscience, prenos en conscience tous ensemble et faisons l'état des lieux avant travaux...

 

Article de Médiapart.

http://www.mediapart.fr/journal/france/110214/50-milliards-deconomies-une-austerite-lespagnole?

50 milliards d'économies:

 

                        une austérité à l'espagnole

 

 

 |  PAR MARTINE ORANGE

Personne n’a encore pris la mesure des économies voulues par le gouvernement. Alors que la déflation menace dans toute l’Europe, cette politique procyclique risque de causer de lourds dégâts, à l'image de ce qui s'est produit en Espagne.

 

« Jamais un gouvernement n’a engagé de telles réductions sur les dépenses publiques. » Le ministre des finances, Pierre Moscovici, insistait à nouveau, dimanche soir au micro de France Inter, sur la « courageuse » politique du gouvernement. Effectivement, le choix est sans précédent. Depuis l’après-guerre, jamais un gouvernement en France n’a lancé un tel programme d’austérité. Il ambitionne d’économiser 50 milliards d’euros en trois ans.

© Reuters

Personne n’a encore pris la mesure de l’effort demandé. L’annonce reste pour l’instant dans l’abstraction des milliards. Qu’est-ce que 50 milliards dans le flot des dépenses publiques – État, collectivités locales, sécurité sociale – qui dépassent les 1100 milliards ? Dans le lot, pense-t-on, il y a bien sûr des économies à faire. Tout le monde pense aux ronds points inutiles, aux documents demandés trois fois par des administrations différentes, etc. L’ennui, c'est que tout cela n’est pas du tout à la hauteur de l’enjeu.

« La France est dans une zone dangereuse »,soutient le président de la Cour des comptes, Didier Migaud. Le rapport de la Cour remis ce mardi pointe les secteurs qui doivent être particulièrement ciblés : en priorité la protection sociale et tout ce qui s’y apparente, « compte tenu de son poids dans les dépenses publiques » et les dépenses des collectivités locales. « Il faut changer de méthode pour obtenir les économies programmées », insiste Didier Migaud.

Le mensonge de Vincent Peillon sur le gel de l’avancement automatique des fonctionnaires donne une première illustration de ce qui se prépare dans le secret des cabinets. Ce sont des réductions gigantesques qui sont en cours d’élaboration, avec des ruptures complètes dans les systèmes sociaux et publics. Sans le dire, la France est en train de s’engager dans une politique d’austérité comparable à ce qu’a mis en place le gouvernement espagnol en 2008-2009 : une politique de la Troïka sans la Troïka.

Depuis le début de la crise financière, les termes de cette politique de la Troïka sont désormais familiers. Et la France a déjà beaucoup fait pour s’y conformer. Réduction du nombre de fonctionnaires ? C’est en cours depuis 2009 et, en dépit de ses promesses électorales, François Hollande a poursuivi la mesure. Diminution des salaires de la fonction publique ? Le point d’indice de la fonction publique est gelé depuis 2010, ce qui équivaut de fait à une baisse de 5 % environ des salaires et des pensions.

Remise en cause des systèmes de retraites ? Une nouvelle réforme a été lancée par le gouvernement Hollande : le système français repoussant l'âge de la retraite et allongeant la durée de cotisation est devenu un des plus durs d’Europe, bien que la démographie soit favorable. Suppression des professions réglementées ? La réforme est en cours pour les taxis et les pharmaciens. Réduction des soins de santé : le programme est aussi engagé de longue date. Révision du code du travail : la refonte a là aussi déjà commencé et se poursuit notamment avec la réforme de l'inspection du travail.

Après trois années de silence, l’ancien premier ministre espagnol, José Luis Zapatero, qui a été un des premiers à expérimenter ces remèdes, est revenu dans un livre (lire l'entretien à Info Libre ici) sur cette période que beaucoup considèrent comme une trahison. « La question, se justifiait-il, est de savoir comment nous affrontons la concurrence. La réponse facile, entre guillemets, tient à l’innovation, à la technologie… Mais ils (la Chine, l’Inde, le Brésil) sont en train de l’acheter. La droite et le courant majoritaire de l’économie disent : "Ah, ça, on ne peut le faire qu’avec une dévaluation salariale, un marché du travail presque libre pour l’entreprise, sans salaire minimum, avec moins de droits dans les contrats, une négociation collective inexistante, parce que c’est la seule façon d’être compétitif…" C’est à ce discours que la social-démocratie doit savoir répondre », expliquait-il.

José Luis Zapatero avait au moins comme justification d’être soumis à une pression intense des marchés financiers et des responsables européens, au moment où il a pris ces décisions. De plus, il y avait un côté expérimentation en temps réel. Dans la panique, personne ne savait vraiment que faire. François Hollande n’a pas cette excuse. Il n’y a pas de pression des marchés, pas de risque d’explosion de la zone euro dans l’heure. Négligeant la mise en garde de l’ancien premier ministre espagnol, François Hollande n’a pas cherché une réponse sociale-démocrate. Il s’est contenté d’épouser sans grande difficulté le discours du monde des affaires.

Dans les conciliabules organisés à Bercy, il se prépare ainsi une politique d’austérité sans précédent. Des  programmes entiers de développement, d’investissement, de soutien à l’économie voire de sécurité vont être visés. Même si le gouvernement dit refuser une politique arbitraire du chiffre et lui préférer une réflexion approfondie dans ses choix et ses missions, l’exemple de la RGPP à nouveau remise sur le métier dit l’inverse : l’État se prépare à supprimer budgets et effectifs, selon la règle du chiffre.

Les manœuvres autour du gel de l’avancement automatique dans l’éducation nationale indiquent exactement la même chose. Pourquoi le gouvernement cible-t-il d’abord l’éducation nationale ? Parce que ce sont les plus gros bataillons de la fonctionpublique, qui représentent le plus gros poste budgétaire pour l’État, après les charges financières liées à la dette.

 

Le mea culpa du FMI ou de l'OCDE

Pour justifier la mise en œuvre d’une politique si éloignée des promesses de la présidentielle, François Hollande et le ministre des finances Pierre Moscovici mettent en avant la nécessité de reprendre en main les comptes publics, de ne pas perdre en crédibilité face aux financiers. L’urgence absolue est aussi de redonner une compétitivité à la France.

Derrière le pacte de responsabilité défendu par François Hollande, se cache un revirement idéologique qui laisse sans voix. Après avoir défendu pendant des décennies non seulement une politique de la demande, mais aussi le rôle d’impulsion et de soutien de l’État dans l’économie, le gouvernement se rallie à la vision la plus libérale, qui considère que toute dépense publique est par nature improductive. Cette conversion inattendue l’amène à accepter des transferts massifs vers le privé, censé être le seul à même de savoir ce qui est bon pour l’économie.

Visite de l'entreprise vente-privee.com, le 6 février.
Visite de l'entreprise vente-privee.com, le 6 février.

Ce ralliement est d’autant plus étonnant que les politiques d'austérité imposées par l'Europe ont de moins en moins de défenseurs. Les expériences passées de la Grèce, de l’Espagne ou du Portugal ont échaudé nombre d’économistes et de politiques. L’Europe du Sud, soumise au régime de la Troïka, a connu la plus grande destruction de richesses économiques en temps de paix. Confrontées à un effondrement spectaculaire et qu’elles n’avaient pas prévu des économies de l’Europe du Sud, les institutions internationales se sont senties dans l’obligation de procéder à une révision critique de leurs théories.

Les économistes du FMI ou de l’OCDE ont découvert, par exemple, que les dépenses publiques n’étaient pas forcément improductives, que les salaires versés aux fonctionnaires servaient à entretenir la consommation et la demande, que l’État pouvait soutenir par ses dépenses la production et l’investissement. Une vraie surprise !

Dans un rapport très critique publié à l’automne 2012, l’économiste en chef du FMI, Olivier Blanchard, insistait sur l’erreur conceptuelle que les États européens avaient commise dans leurs prévisions – prévisions accréditées par le FMI, malgré tout. Les gouvernements assuraient que pour un euro d’économie dans les dépenses publiques, la contraction économique n’était que de 50 centimes. Or, cela ne s’était pas passé comme prévu.

« De récents développements suggèrent que les multiplicateurs budgétaires à court terme peuvent être plus grands que prévu au moment de la planification budgétaire. Des recherches, dont il a été fait état dans les derniers rapports du FMI, montraient que les multiplicateurs budgétaires sont plus proches de 1 dans un monde où de nombreux pays s’ajustent en même temps. Des analyses suggèrent ici que les multiplicateurs sont désormais plus grands que 1 », écrivait le rapport. Les études du FMI évaluent aujourd’hui les coefficients multiplicateurs entre 0,9 et 1,7. En clair, pour un euro de dépense publique économisé, les contrecoups sur l’économie peuvent être de 90 centimes à 1,7 euro.

La commission européenne conteste cette analyse du FMI : elle juge que les effets contreproductifs de l’austérité sont surestimés et s’en tient à sa règle passée : la politique d’ajustement et de dévaluation interne finit par porter ses fruits. À l’appui de cette thèse, elle met en avant les supposés succès espagnols. Après cinq années de récession, dit-elle, la reprise se manifeste en Espagne.

Et quelle reprise ! L’activité économique a crû de 0,1 % au troisième trimestre, après une chute de près de 13 % en cinq ans. Les crédits aux entreprises sont en baisse de 19 % à la fin de l’année, la production baisse, la consommation aussi. Le chômage atteint un taux de 26 %, et de 53 % pour les jeunes. Si l’Espagne enregistre un premier excédent commercial depuis 1971, c’est surtout en raison de la chute des importations. L’endettement de l’État qui était de 57 % du PIB en 2007 est passé à 93 % fin 2013, et devrait dépasser la barre des 100 % cette année.

C’est à cette thèse européenne sur les mérites de la dévaluation interne que souscrit le gouvernement. Comment exclure  que les mêmes causes ne produiront pas les mêmes effets qu’en Espagne ? La question est soigneusement éludée par le gouvernement. Déjà, les premiers effets de l’augmentation des prélèvements fiscaux et des mesures d’économies décidées au cours des derniers dix-huit mois s’inscrivent dans les comptes de la Nation. L’économie est à la limite de la récession  La production industrielle a baissé à nouveau de 0,3 % en décembre. Depuis le début de la crise, elle a chuté de 16 %, pour revenir au niveau des années 2006.

Tout demeure bloqué depuis la crise financière. Six ans ont passé et l’économie française fait du surplace. La consommation stagne. Les investissements sont à leur plus bas niveaux depuis la crise de 1993, les industriels repoussant tout projet faute de débouchés et de crédit. Le chômage, par contre, s’envole. Décréter 50 milliards d’économies supplémentaires dans ce contexte, c’est l’assurance d’un effondrement ou au moins d’une chute prolongée dans la récession de l’économie française.

Les yeux rivés sur l’exemple allemand, François Hollande est convaincu qu’il faut en passer par les adaptations menées en Allemagne dans les années 2004-2008 pour relancer la compétitivité en France. C’est oublier, au-delà des contraintes imposées par la monnaie unique bien plus défavorable à la France qu’à l’Allemagne, et de la spécialisation très différente de l’industrie allemande, que les plans Hartz d’adaptation et d’ajustements parfois drastiques des salaires ont été menés à une période où tous les autres pays européens étaient en croissance. La rigueur allemande, même si elle a été payée à un prix élevé par une partie des salariés allemands, a pu être menée sans trop de heurts grâce à la demande et à la consommation du reste de l’Europe.

La situation est aujourd’hui radicalement différente. La France se lance dans une austérité accrue au moment où l’Europe entière est menacée par la déflation. Même s’il n’est jamais prononcé, le mot est dans tous les esprits. Il a même échappé par inadvertance à Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif. Loin de mener une politique contracyclique pour lutter contre ce danger considéré comme un des plus graves par les économistes, le gouvernement décide de conduire une politique procyclique, au risque d’aggraver encore la chute de l’économie française, mais aussi de toute l’Europe.

Posté par 1776577440 à 08:33 - Commentaires [0]

Rappel de rigueur

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                  Rappelez vous il n'y a pas si longtemps, tous les observateurs en arrivaient à la même conclusion que cette crise était la crise du système capitaliste.

                 Il semble qu'aujourd'hui, tout le monde l'aurait oublié... 

                 Quand aux socialo-incompatibles qui nous dirigent, ils ne font qu'une chose, ils attendent les ordres de Bruxelles et de Washington. La politique de la France est celle dictée par d'autres intérêts que ceux des Français.

                  Que les Français de gauche se rebellent contre ce j'm'enfoutisme archaïque et inopérant que représentent ces duettistes ridicules et se reprennent en main.

                   La "crise" ce n'est pas nous, c'est eux!

 

 

http://www.marianne.net/Pire-que-les-annees-30-_a235778.html

Pire que les années 30 !

 

Mardi 11 Février 2014 à 14:14 | Lu 9177 fois I 35 commentaire(s)

 

MICHEL SANTI*

 

Sur le plan strictement économique et financier, la situation européenne actuelle est, à bien des égards, encore plus dramatique !


/SIPA
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Rendons-nous à l’évidence. A un stade où les économies de nos nations occidentales subissent un endettement record, à des niveaux plus vus depuis deux siècles (selon une étude récente du F.M.I.), nos responsables politiques doivent enfincomprendre qu’il sera impossible de redresser la situation par la grâce de la seule austérité qu’ils imposent à la classe moyenne et aux pauvres. Autrement dit, dans un contexte – comme le nôtre aujourd’hui – où la masse des dettes et des déficits est extrême selon tous les standards historiques, l’assainissement nécessitera des mesures et des décisions radicales. En effet, estimons-nous chanceux si c’est la seule inflation qui sera convoquée pour amoindrir le fardeau de ces dettes. 
  

Plus vraisemblablement, nous devrons faire face à une vague de faillites souveraines et à l’instauration d’une taxe sur l’épargne, d’ores et déjà évoquée par le F.M.I.  l’an dernier et par la Bundesbank  (la banque centrale allemande) il y a quelques jours… Voilà pourquoi si, du fait de la Grande Dépression, de l’effondrement subséquent de l’économie mondiale et du déclenchement de la Seconde guerre mondiale, les années 1930 font toujours froid dans le dos près d’un siècle plus tard

Sur le plan strictement économique et financier, la situation européenne actuelle est, à bien des égards, encore plus dramatique ! Après tout, la quasi-totalité des nations occidentales purent faire défaut plus ou moins en douceur au courant des années 30. C’est ainsi que la France, que la Grande Bretagne et que l’Italie devaient ne pas honorer près du quart de leurs engagements envers les Etats-Unis. Les USA eux-mêmes imposèrent à leurs créditeurs de prendre 16% de pertes quand ils décidèrent unilatéralement de quitter l’étalon or en 1933. 
  

L’ampleur des dégâts, aujourd’hui, imposera des mesures d’une tout autre envergure qui se déclineront en contrôle des capitaux et en une confiscation partielle de l’épargne, passages obligés qui autoriseront l’amélioration des ratios des dettes publiques par rapport au P.I.B.. Une répression financière relativement brutale – touchant les détenteurs ultimes des richesses – est en effet aujourd’hui la seule alternative à une austérité qui paralyse littéralement l’activité économique. A cet égard, seules les interventions de la Banque centrale européenne seraient – à ce stade – encore susceptibles d’amoindrir le traumatisme que constituerait une telle confiscation des richesses. 
  

Seule la monétisation des dettes souveraines européennes – c’est-à-dire le rachat de ces dettes par la BCE, et donc la mutualisation des dettes publiques européennes – permettrait effectivement d’éviter le choc des défauts de paiement de certains Etats de l’Union. En l’occurrence, il n’est pas déplacé d’employer ici les termes de « traumatisme » et de « choc » dès lors que le défaut de la Grèce, de l’Irlande, de l’Italie et de l’Espagne sur le quart seulement de leurs engagements coûterait à leurs créanciers la bagatelle de 1’200 milliards d’euros ! Voilà pourquoi une répression financière traditionnelle « douce » combinant une intensification de la régulation financière, une certaine dose de contrôle des flux de capitaux et un relèvement des objectifs inflationnistes serait nettement moins douloureuse qu’une taxe de 10% sur les dépôts bancaires préconisée l’an dernier par le F.M.I. 
  

En somme, dans une conjoncture où il est désormais impossible de poursuivre sur la voie stérile de l’austérité, la BCE et les autorités politiques européennes doivent aujourd’hui mettre en place une batterie de mesure qui contribueront à éliminer progressivement une partie du fardeau de nos dettes publiques, sans passer par la case confiscation des richesses. Pour ce faire, nous avons toutefois besoin d’hommes et de femmes dont le courage politique est à la mesure des défis à relever. Car l’acuité de la crise actuelle, l’ampleur des déficits, et le choix même des armes pour les combattre font que notre période actuelle soit encore plus complexe à gérer que dans les années 1930. 

  

(*) Michel Santi est économiste, auteur de « L'Europe, chronique d'un fiasco politique et économique »« Capitalism without conscience » . Son dernier ouvrage est  «Splendeurs et misères du libéralisme»  (l’Harmattan) 

Posté par 1776577440 à 08:13 - Commentaires [0]
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