Ce qui correspond peu ou prou à une dévaluation de 10% sur un an.

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Embraer_ExecutiveDévaluation qui n'est pas forcément une mauvaise nouvelle dans le contexte du moment. Le Réal surévalué était un frein à des exportations de produits brésiliens pourtant de très haute technologie (Pensons aux Embraers par exemple, les meilleurs court-courriers du monde: même l'US Air Force les a retenus pour en faire des avions radars). Quant aux exportations primaires (minerai de fer vers la Chine par exemple, soja, café, etc) le prix est fixé au niveau mondial en dollars, donc rien ne changera de ce côté, surtout que le pays est auto-suffisant en énergie. N'oublions pas le tourisme qui souffre déjà de deux handicaps: cherté des vols long-courrier et réputation d'insécurité latente. Le pays cessant d'être une destination bon marché, cette dévaluation donne un léger bol d'air.

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L'inflation officielle étant de 6 à 8% par an (le double pour l'alimentation), cette dévalorisation de la monnaie est en quelque sorte un correctif de compétitivité et elle ne fait pas trop souffrir la population tant que les salaires suivent - c'est le cas pour le moment, mais jusqu'à quand? Les événements du mois dernier ont démontré que cette dernière - la classe moyenne pour l'essentiel* - est sensibilisée aux diverses hausses des prix (c'est une hausse de 20 centavos du prix du transport urbain à São Paulo qui a fait sauter le tonneau de poudre, cristallisant le mécontentement diffus)

Par le biais de la hausse du salaire minimum et de la bolsa familial, les pauvres sont relativement épargnés. Les riches, comme partout, s'en tireront toujours.

Le danger n'est pas là: il réside dans le risque de tomber dans la facilité, de laisser s'installer ce mécanisme funeste de hausse des prix et des revenus compensé par des dévaluations systématiques, qui ont généré l'hyper inflation qui atteignait 2.500 % par an en 1993 (il y a seulement vingt ans): là, plus rien n'est possible sur le plan économique puisqu'on ne peut se projeter dans l'avenir. Dilma Roussef, entravée par un Parlement ignare et contrôlé par divers lobbies, est confrontée à plusieurs dilemmes pour ne pas retomber dans ces errements, et le principal est le suivant:

Blair-SchroederFaut-il suivre la doxa des économistes "raisonnables" façon Rocard, Blair ou Schröder qui soignent un pays en saignant sa population, le malade ayant la joie de mourir guéri (on ne peut distribuer que "le moment venu", en foi de quoi il y a toujours une bonne raison pour différer ce moment. Ou bien: "les profits d'aujourd'hui sont les investissements de demain et les emplois d'après demain" qui se traduit concrètement par: "les profits d'aujourd'hui sont les dividendes du moment et la délocalisation de demain")

ou

Faut-il choisir un programme hardi comparable à celui du CNR français en 1945, à savoir le soutien de l'économie par la reconstruction (au Brésil on parlera de construction tant les infrastructures font défaut à tous les niveaux) dans le cadre d'un progrès social constant?

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escritorioLe Brésil est entravé par le manque d'infrastructures et par sa culture bureaucratique (on évalue le coût de la papelada exagérée à 4% du PIB et plus il y a de bureaucratie, plus la corruption est prégnante). Il s'en est sorti jusque là en compensant ces handicaps par un protectionnisme raisonnable et "éclairé", mais les pressions sont innombrables, venant de l'intérieur comme de l'extérieur, pour que le marché s'ouvre entièrement. A ce moment des pans entiers de son industrie exploseront (textile,sidérurgie, automobile, etc.) si les problèmes exposés ci-dessus ne sont pas résolus auparavant. Dans cette hypothèse le pays redeviendra une colonie tout juste bonne à exporter des matières premières non transformées servant de débouché pour les exportateurs de produits finis.  

faxineiraAutre problème: de 10 à 15% des salariés sont de près ou de loin des domestiques(on n'existe socialement que si on a des employés de maison, dans les classes supérieures de ce pays), personnel qui était incroyablement exploité: salaires misérables, heures supplémentaires non payées, conditions de travail parfois proches de l'esclavage. Une convention collective vient enfin de lui donner quelques droits, mais de ce fait le nombre de domestiques diminuera puisqu'ils "coûteront plus cher".

Producao%20IndustrialCe n'est pas le moment, dans ces conditions, de compromettre le développement de l'industrie. Il faut que dans la décennie qui vient, les emplois tertiaires "subalternes" soient remplacés par des emplois qualifiés du secteur secondaire ou des emplois de services sophistiqués qui créent de la richesse et valorisent ceux qui les occupent. D'où la nécessité de renforcer la compétitivité par le développement des infrastructures (pas des stades! Des trains, des routes, des écoles! Mais on peut espérer que la leçon a été retenue par les politiques brésiliens avec la claque que leur peuple leur a infligée), tout comme par l'amélioration de la formation: des pays affiliés à l'OCDE, le Brésil est un de ceux qui ont les pires indicateurs en matière d'éducation.

 

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Terminons le tableau en citant la résolution des innombrables problèmes environnementaux, et on comprendra aisément que la situation est relativement comparable à celle de l'Europe occidentale après la guerre. Pourquoi ne pas réutiliser ce qui marcha fort bien à l'époque? Relance hardie par des grands travaux, progrès social constant, tout cela peut d'autant plus être mis en oeuvre que le Brésil est peu endetté et que sa dette exttérieure est quasiment nulle.  

benjamin borghésio